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[Analyse] D'une version à l'autre

Je vous propose de comparer deux versions d'un même conte étiologique, l'une de mon enfance, l'autre parue récemment :

Comment les couleurs vinrent aux oiseaux

- J. TROUGHTON, Gründ (collection « Un pays, un conte »), 1991

- A. MAHLER, Gründ (collection « Le tiroir aux histoires »), 2013


(une nouvelle édition illustrée par Pippa Dyrlaga est proposée en 2021 dans la jeune collection "Mes contes en 3d", je ne l'ai pas encore lue !)


Pour consulter directement mon entretien avec Joanna Throughton en fin d'article : par ICI !

Pour visiter le site de l'illustratrice Anne Mahler : par ICI !


Le livre de Joanna Troughton est paru en 1976 en anglais [1]. Enfant, je lisais une version de l'album traduite par Tania Capron en 1991, pour la collection "Un pays, un conte" chez Gründ[2]. Cette parution s’inscrit dans la continuité d'une ligne éditoriale initiée par célèbre collection "Légendes et contes de tous les pays" créée en 1956 [3], dont les recueils sont aujourd’hui épuisés.

En 2013, les éditions Gründ rééditent Comment les couleurs vinrent aux oiseaux avec de nouvelles illustrations réalisées par Anne Mahler dans la collection "Le Tiroir aux histoires". Sous le prisme de la version anglaise, je vais comparer l’album de mon enfance avec sa version contemporaine. Par ce biais, on mettra en lumière l’évolution d'une politique éditoriale.


L’impact du changement de collection

La version du conte étiologique illustrée par Joanna Troughton dans la collection "Un pays, un conte" reprend exactement le même format (21 x 26cm) et la même illustration que la version anglaise éditée en 1976. La typographie diffère légèrement, mais les caractères du titre restent noirs, gras et centrés.

Seuls trois éléments assez significatifs différencient les deux couvertures :

- l’indication de la collection, reconnue par les prescripteurs, est ajoutée dans un caractère plus fin au-dessus du titre de la version française.

- le nom de l’éditeur remplace celui de l’auteur dans la version éditée par Gründ. La maison ne semble pas mener une politique d’auteur.

- si les deux versions ont une couverture cartonnée, la version anglaise possède une jaquette (il s’agit d’une pratique courante dans l’édition anglo-saxonne).


Le cadre géométrique et les animaux stylisés rappellent l’origine culturelle du conte (Amérique du Sud). On reviendra par la suite sur les références culturelles convoquées dans l’album illustré par Joanna Troughton.

Seul élément asymétrique, le cormoran contraste avec les autres éléments de la page aux couleurs saturées : le plumage entièrement noir, les yeux menaçants, bleus cerclés de rouge et la flèche au bec illustrent la confrontation qui a déjà eu lieu. La flèche et la tête sont ainsi dirigées vers la gauche de la page, comme pour signifier que l’histoire est terminée. Le corps et les pattes palmées du cormoran forment elles-mêmes une diagonale en direction du coin en haut à droite de la couverture, dans un mouvement incitant le lecteur à ouvrir le livre.

Le conte illustré par Anne Mahler en 2013 diffère complètement de la version précédente. L’album ne s’inscrit plus dans un corpus composé de contes du monde, mais dans "Le Tiroir aux Histoires" créé en 2013 [4]:

Une nouvelle collection des trésors de la littérature enfantine !

La composition de cette collection est hétérogène : des récits (Ali-Baba et les quarante voleurs ou La chèvre de Monsieur Seguin illustrés par Sébastien Chebret), des contes classiques (Le petit chaperon rouge illustré par Rose Poupelain ou encore La Belle au bois dormant illustré par Marie Desbons) et en 2015, un seul conte du monde, le nôtre.

Seule la quatrième de couverture permet de comprendre que notre histoire est une légende guyanaise.


Comme tous les livres édités dans la jeune collection, l’album est un petit format carré et souple (21 x 21cm) et son nombre de pages passe de 32 dans la version originale à 22, en concentrant le plus souvent les scènes sur une seule page plutôt que deux.

Cela répond à une tendance générale de l’édition contemporaine : celle de renouveler un fonds en adaptant les titres en petit format souple, à prix modique (4 €). Les éditions Gründ peuvent ainsi tenter de concurrencer d’autres éditeurs grands publics qui les auraient devancées, tels Lito et sa collection de "Mini-contes classiques", le Père Castor avec "Les classiques du Père Castor", Auzou et ses "P’tits classiques" ou encore "Les petits cailloux" chez Nathan.


Tous ces éditeurs publient sensiblement les mêmes titres dans des collections à bas coût, ce qui tend à saturer le marché. À cause de cette posture concurrentielle, les éditions Gründ ont plutôt tendance à intégrer dans leur collection des classiques largement connus du public afin de minimiser la prise de risques. La publication de Comment les couleurs vinrent aux oiseaux a sans doute été motivée par le succès de la première édition : exploité en classe (on retrouve plusieurs pistes pédagogiques sur internet), l’ouvrage fut en effet intégré à la sélection annuelle des livres conseillés par la Joie par les livres dans sa Revue des livres pour enfants en 1992 [5], dont voici la critique :

Conte d'explication, comme le titre l'indique, et illustration de l'adage bien connu ’L'union fait la force'. Un album coloré très sympathique, bien raconté.

Dans un souci économique, Gründ a déjà réduit le nombre de pages de l’album, on pourra se demander si l’idée d’intégrer ce conte amérindien dans une collection grand public ne se fait pas également au prix d’une aseptisation du récit. Analysons à présent la composition de la couverture de 2013 : on n’observe aucune symétrie dans la page et la présence du hors champ vers lequel les oiseaux convergent ; une mise en scène diamétralement opposée à la version originale.

Les oiseaux, en blanc à gauche de la page, gagnent progressivement leurs couleurs en s’envolant vers la droite, dans un mouvement incitant clairement le lecteur à ouvrir le livre. On pourrait interpréter ce choix comme une volonté d’expliciter le titre aux jeunes lecteurs ne sachant pas encore lire. Le décor est dynamisé par les plans multiples que traversent les oiseaux : depuis le buisson au premier plan jusqu’au ciel et aux arbres - évoquant plus les platanes de nos forêts occidentales que la canopée des forêts d’Amérique du Sud - en dernier plan. Seules les lianes, le toucan et le perroquet au troisième plan permettent de situer la scène dans la jungle. Les corps joufflus de certains oiseaux et leurs yeux particulièrement gros et ronds mettent en exergue leurs émotions et leur innocence "enfantine". Contrairement à la couverture originale évoquant le caractère guerrier du cormoran, la nouvelle version diffuse un sentiment de douceur, grâce à une illustration tout en courbes soutenue par le titre en forme de vague. Les contours au trait des différents éléments du décor s’appuient sur la complémentarité des couleurs pour stimuler l’œil du lecteur : les nervures et le pourtour des plantes vertes sont accentués par des traits oranges ou rouges ; le titre utilise le même procédé : en lettres rouges sur fond bleu. Le logo de la collection et le titre sont par ailleurs mis en valeur par un vernis sélectif qui contraste avec le mat du reste de la couverture. La collection et le titre sont ainsi rapidement identifiables par l’acheteur au milieu d’une production de masse. La comparaison que nous venons d’effectuer souligne l’utilisation conséquente de procédés propres à l’univers du design marketing dans la nouvelle version du conte, dans le but de permettre un repérage facile et rapide par tous les publics. Cela n’était pas forcément le cas dans la version de Joanna Troughton riche en détails et en couleurs. Les illustratrices ne sont pas mises en valeur chez Gründ, qui privilégie le titre des collections. Ainsi, le nom d’Anne Mahler est imprimé en bleu sur le bleu du ciel de couverture. On peut d’ailleurs signaler une erreur de la part de l’éditeur dans cette édition : « Anne Mahler » est orthographié « Anne Malher » sur toutes les pages dans lesquelles le nom est écrit, il ne s’agit donc pas d’une simple coquille, mais d’une réelle faute d’inattention.


Une simplification globale

Chaque page ou double-page de l’album de Joanna Troughton est systématiquement encadrée par des motifs triangulaires. Les couleurs de ces derniers varient, selon que la scène représente la terre (couleur chaude : jaune à pourpre) ou la rivière (vert pale à bleu foncé). Ce procédé est caractéristique de l’illustratrice qui encadre par exemple, dans un autre de ses livres [6], les scènes représentant l’univers des hommes de carrés aux tons chauds et la nature de carrés aux tons froids. L’enfermement des illustrations, l’absence totale de blanc (en dehors de la couleur des oiseaux au début du conte), ainsi que le texte fondu dans le décor renforcent la sensation de densité, donnant corps à la profusion sonore et visuelle des jungles d’Amérique du Sud. Joanna Troughton pourrait faire référence aux peintures méso-américaines dans le but d’entrainer le lecteur dans une immersion culturelle plus intense. Ce sentiment est conforté par la représentation des différents protagonistes : les animaux et les hommes sont illustrés de face ou de profil, jamais de biais, conformément aux fresques que l’on peut retrouver dans les temples antiques. Les personnages sont représentés de manière stylisée, dans l’esprit « ligne claire » : les contours au trait noir sont remplis avec des aplats de couleurs à l’aquarelle.

Les références culturelles aux peuples d’Amérique du Sud sont nombreuses, avec un souci de réalisme presque documentaire. Ainsi, les hommes sont dessinés nus (les enfants) ou en pagne torse nu (les adultes) avec des attributs typiques : arc, flèches, mais aussi pirogue, hutte, pilon, vases en terre cuite, paniers... [7]

Représentation des villageois dans How the birds changed their feathers, illustré par Joanna Troughton, p.10


Quant au serpent, les motifs réguliers composant sa peau, ainsi que son facies font clairement références au Quetzalcóatl légendaire.

Représentation du serpent dans How the birds changed their feathers, illustré par Joanna Troughton, p.9

Représentation du Quetzalcóatl dans le Codex Borbonicus (Peuple aztèque – XVIe siècle)

À l’inverse de Joanna Troughton, Anne Mahler n’a visiblement pas pour objectif de proposer une immersion culturelle, mais d'accompagner une histoire aux valeurs universelles. Le village des autochtones n’est pas du tout représenté, et les seuls humains sont ceux prenant une part active au récit : le jeune garçon qui se transforme au début de l’histoire et le chef de la tribu des hommes. Outre le caractère stéréotypé du chef aux cheveux longs et aux vêtements trop modernes pour être antiques (pantalon et poncho), l’illustratrice pare les personnages de coiffes en plumes blanches à pointes noires, dès les premières pages du récit. Or, d’une part ces plumes semblent être des plumes d'aigle, caractéristiques des coiffes de tribus nord-américaines ; d’autre part, le conte repose sur une chute [8] :

C’est depuis ce jour qu’ils [les hommes] chassent les oiseaux pour leur prendre leurs magnifiques plumes.

- en coiffant ses personnages dès le début du récit de plumes, en cherchant probablement à les faire identifier plus facilement par le jeune lecteur, l’illustratrice réalise un complet contresens avec le texte.

Le chef fait face au cormoran dans la version de Joanna Troughton, p.23

Le chef fait face au cormoran dans la version d'Anne Mahler, p.12

Anne Mahler a procédé à une adaptation du conte en s’appuyant sur des représentations culturelles connues par le jeune lectorat français. En effet, la culture des indiens d’Amérique du Nord, associée à celle des cowboys, est sensiblement plus représentée par les illustrateurs de littérature de jeunesse contemporains [9], et est, de ce fait, plus facilement identifiable par les enfants. D’après la chercheuse Isabelle Nières-Chevrel [10], les adaptateurs "gomment les indices d’altérité culturelle". Ainsi, le récit est interprété différemment, de manière à correspondre à la culture du lecteur cible. Une dernière observation peut être faite en ce sens en analysant la nouvelle traduction. Traduite par Tania Capron, la version éditée en 1991 respecte de manière très littérale le texte original. L’album publié en 2013 n’indique pas de traducteur, cela signifie très probablement que la nouvelle traduction a été réalisée en interne. Le texte semble avoir conservé mot à mot des phrases issues de la première traduction - on peut donc penser qu'il a directement été adapté à partir de la version française. On observe cependant plusieurs procédés qui relèvent sans doute d’une volonté de rendre le texte plus explicite, notamment : - une insertion de nombreux détails ne participant pas toujours à la clarté du récit :

- une focalisation interne, la caractérisation du héros ainsi qu’une focalisation sur les réactions émotionnelles, favorisant l’empathie du lecteur :

Le texte de la nouvelle version a donc tendance à expliciter l’histoire. Certains ajouts (comme la peau du serpent qui devient blanche, dans l’un des exemples précédents), ne proviennent ni de la version originale, ni des illustrations d’Anne Mahler. Il s’agirait de détailler clairement le mécanisme de transformation des oiseaux, quitte à dénaturer le sens du conte.


D’une époque à une autre : la métamorphose du serpent

Observons une même scène centrale, illustrée à plusieurs décennies d’intervalle. Ici, un enfant enfile un collier aux perles colorées, qui va le transformer en un terrible serpent d'eau semant la terreur auprès des hommes et des animaux.

La métamorphose illustrée par Joanna Troughton - 1976 (1991), p.8-9

La métamorphose illustrée par Anne Mahler – 2013, p.4-5


On retrouve dans ces deux scènes tous les éléments observés jusqu’à présent. L'illustration en pleine double-page raconte la métamorphose en plusieurs étapes, mais la ressemblance entre les deux ouvrages s’arrête là.

Le décor : la scène illustrée par Joanna Troughton se divise en plusieurs plans. On retrouve l’idée de "fresque", par le biais des cadres aux motifs géométriques et des serpents schématisés en bordure de chaque étape de la transformation :

- la forêt toute en hauteur, dont la longueur des troncs est rehaussée par des lianes et des plantes grimpantes jusqu’en haut des cadres : le lecteur, à l’instar du personnage est à la fois cerné par les différents cadres rythmant la séquence, mais aussi par la densité de la nature en arrière plan. - la terre démarquant deux univers, minéral et végétal, en formant une bande horizontale en aplat orange clair, sur laquelle cohabitent les animaux terrestres. - l’eau est composée d’une juxtaposition de bandes qui ondulent habituellement dans l’album de gauche à droite du cadre. Dans cette séquence, l’eau empiète sur la terre en bas à droite, scellant le destin du serpent à l’issue de sa transformation.


Le décor de l’adaptation d’Anne Mahler est un fond uni : le bleu de l’eau remplit l’espace.

La métamorphose : une fois encore, le jeune garçon dans la version illustrée par Anne Mahler possède deux plumes d’aigles sur la tête et les cheveux longs, conformes aux stéréotypes occidentaux et contrefaisant le sens de l’histoire. La métamorphose se divise en cinq étapes fléchées littéralement par l’arme du garçon tombée à l’eau, toujours dans l’idée de guider l’enfant dans la lecture de l’image. Aucune des phases de la transformation ne dénature vraiment le protagoniste, ni ne le rend effrayant : ses bras deviennent un peu plus longs, puis un peu plus courts et ses jambes sont certes "noyées" dans la peinture à l’huile, mais il ne perd son humanité qu’à l’issue de sa métamorphose en serpent - dont on ne voit que la queue. Le collier, élément déclencheur, ne prend pas du tout part à la transformation, contrairement à d’illustration de Joanna Troughton. Le serpent dessiné par Anne Mahler conserve, à l’instar de tous les personnages représentés , un aspect « naïf », de part les graphismes enfantin composant ses écailles.

Le texte : la mise en page du texte dans la première version renforce l’impression de lire des "tableaux" : à chaque étape, son intitulé inscrit dans le cadre. Les répétitions issues de la version anglaise insistent sur le mouvement, alors que les illustrations sans profondeur de champ figent chaque étape de la transformation.


Dans la version de 2013, les répétitions sont supprimées : moins acceptées en français de manière générale, celles-ci auraient appesanti la lecture qui s’effectue cette fois d’une traite. Chaque étape du processus est également clarifié :

Conclusion

De réels changements sont opérés dans la nouvelle version du conte, qui aboutissent parfois sur des contresens. L'illustratrice intègre des valeurs et une représentation plus proches du lecteur cible. Les traits volontairement naïfs et le texte rendu très explicite confirment la volonté des éditions Gründ de proposer cet album au public le plus large, quitte à le formater.

On peut reprendre à notre compte une critique émise par Isabelle Nières-Chevrel dans son article sur l’adaptation [11]:

Trop souvent elle [l’adaptation] sert à édulcorer des œuvres littéraires, qu’elles soient pour adultes ou pour enfants, à en réduire la complexité esthétique, voire à les augmenter d’une série de banalités. Nous sommes alors devant une entreprise de « lisibilités » d’un triple point de vue esthétique, normatif et idéologique.

Depuis ses toutes premières collections pour enfants, dans les années 30, les éditions Gründ ont toujours eu la volonté de proposer des livres à des prix modestes afin de rendre leur production accessible au plus grand nombre. Toutefois, la sensibilité de cet éditeur pour l’illustration, qui aura par exemple fait naître une célèbre collection de contes illustrée par des auteurs tchécoslovaques dans les années 50 et jusque dans les années 90, semble avoir évolué. En intégrant en 2002 dans sa filiale les éditions du Dragon d’or et ses licences (dont la plus connue : Barbapapa), Gründ marque un tournant décisif dans sa politique. La tendance du marché grand public est la simplification, et l’éditeur est partie prenante de cette entreprise de « lisibilité », jusqu’à l’aseptisation évoquée par Isabelle Nières-Chevrel. Il m'a fallu critiquer sur de nombreux aspects la nouvelle version du conte, mais il faut reconnaitre à Anne Mahler, dans sa recherche de simplicité, une réelle qualité technique en phase avec les tendances de l’illustration contemporaine pour enfants. Il m’est extrêmement difficile, nous l’aurons compris, de critiquer de manière objective la version illustrée par Joanna Troughton, car j’y suis émotionnellement attachée ! Retrouver l’album de mon enfance ne fait qu’alimenter un sentiment de nostalgie et, si les couleurs sont moins « flamboyantes » que dans mon souvenir, l'album possède une composition maîtrisée et un rythme favorisant la lecture à voix haute. Dans le cadre de cette recherche, j’ai pu me procurer d’autres albums d’aussi grande qualité illustrés par Joanna Troughton, malheureusement aujourd’hui épuisés en France et m'entretenir avec l'illustratrice (!)


Entretien avec Joanna Troughton le 13 mars 2014, traduit par mes soins

Quelques dessins préparatoires transmis par l'artiste :

Pourriez-vous évoquer votre parcours ? Comment vous est venu l’idée de faire des livres pour enfants sur les contes du monde ?

J’ai toujours voulu être illustratrice et je suis allée au Hornsey College of Art à Londres pendant cinq ans, où j’ai obtenu une licence en design graphique. Quand j'ai quitté l'école, j’ai tout de suite commencé à illustrer des livres pour enfants. Mon premier livre publié est sur une chanson folklorique américaine : The Little Mohee.

Quand j’étais enfant, j’aimais les contes de fée, les mythes et légendes. C'est la raison pour laquelle j’ai décidé de me spécialiser dans ce champ de la littérature de jeunesse. J’ai essayé de trouver des histoires du monde entier qui n’avaient pas encore été adaptées. Vous pouvez trouver une liste de mes livres sur mon blog : Joanna Troughton


Quelles sont les origines du conte étiologique Comment les couleurs vinrent aux oiseaux ?

J’ai découvert les mythes sud-américains au théâtre, avec la pièce Savages écrite par Christopher Hampton. J’ai pensé que les mythes dans la pièce étaient particulièrement beaux et j’ai commencé à en rechercher à la bibliothèque du British Museum.

J’ai trouvé la légende des oiseaux dans Le cru et le cuit de Claude Lévi-Strauss [12]. Comment les couleurs vinrent aux oiseaux est un mythe du peuple Arawak en Guyane, mais on peut trouver différentes versions dans toute l’Amérique du Sud. J’ai fait un cahier de croquis pour le montrer à mon éditeur Blackie qui a aimé et m’a donné un contrat pour finir le travail.


Avez-vous reçu des demandes spécifiques de la part de l’éditeur quand vous travailliez (nombre de page, tonalité, âge du public…) ?

Le nombre de pages dans la plupart des livres pour enfants est de 32. La seule demande que j’ai reçue par mon éditeur est celle de finir mon illustration très rapidement, comme ce dernier voulait publier le livre à un moment précis de l’année. J’ai mis deux mois à le terminer.


Avez-vous fait des recherches sur le mode de vie et l’art des tribus d’Amazonie avant d’entamer votre travail ?

Oui, j’ai fait des recherches sur les tribus d’Amazonie. Les représentations iconographiques ont été difficiles à trouver. Quelques années après la publication du conte des oiseaux, j’ai visité une exposition au British Museum sur l’art et les créations d’Amazonie, et après ça j’ai produit un autre album pour enfants sur un conte d’Amérique du sud Comment vint la nuit. J’ai eu beaucoup plus de références pour ce livre ! Pour le conte des oiseaux, je me souviens avoir regardé dans un livre publié par Dover Books sur le design sud-américain – les modèles de poteries et de textiles. Ce livre me fut très utile.


Pouvez-vous m’expliquer les cadres aux motifs colorés et les illustrations en pleine page sans espace blanc ?

Je savais que je voulais des pages en aplat de couleurs vives contenues dans un trait noir. Je voulais aussi des cadres. Je laisse des espaces blancs dans nombre de mes autres livres, alors pourquoi ne pas dans celui-ci ? Je pense que la couleur est la clef. Les oiseaux d’Amérique du Sud ont des couleurs très vives, contrairement aux oiseaux européens. Je voulais que tout mon livre ait des couleurs aussi lumineuses que celles reçues par les oiseaux.


Je suis fascinée par la transformation du jeune chasseur en serpent. Pourriez-vous m’expliquer vos choix de composition ?

J’ai divisé la transformation du garçon en quatre, comme dans un story-board de film. Les livres pour enfants ont beaucoup en comment avec les films, comme ils sont composés de séquences d’images et non d’illustrations isolées. J’ai utilisé ce type de procédé dans d’autres livres comme Comment le lièvre déroba le feu. J’aime les animations et je voulais « animer » la métamorphose du garçon, plutôt que de ne le représenter qu’avant et après. J’ai été influencé par l’art maya pour le serpent. C’est une autre référence que j’ai recherché pour le conte des oiseaux. J’ai toujours mon carnet de croquis - ou « de mannequin » comme les éditeurs le nomment. Il est très vieux et usée, mais je l’utilise lorsque je visite des écoles pour parler de mon travail.


Avez-vous directement collaboré avec les éditions Gründ pour la publication en France et comment cela s’est-t-il passé ?

Non je n’ai pas eu de contact avec mon éditeur français, mais je suis heureuse qu’il ait voulu publier mon livre. Celui-ci a été lauréat de la Kate Greenaway medal, un prix anglo-saxon offert aux illustrateurs chaque année. Mon mari a aussi fait un petit film à partir de l’ouvrage, narré par mon frère qui est acteur. Vous pouvez le voir sur mon blog ou sur Youtube [par ICI !]


Notes

[1] TROUGHTON, J (1976) How the birds changed their feathers. Royaume-Unis : Blackie [2] TROUGHTON, J (1991) Comment les couleurs vinrent aux oiseaux. Paris : Gründ.

[3] « Les éditions Gründ rejoignent Editis ». Editis [en ligne] http://www.editis.com/content.php?lg=fr&id=270 (Page consultée le 13/05/2014)

[4] « Catalogue de la collection Le Tiroir aux histoires ». Gründ [en ligne] http://www.grund.fr/cataloguejeunesse/741-jeunesse/1665-contes-et-recueils/comment-les-couleurs-vinrent-aux-oiseauxEAN9782324005084.html (Page consultée le 13/05/2014) [5] Sélection 1992 in La Revue des livres pour enfants n°148 (1992) Paris : Gallimard

[6] TROUGHTON, J. (1990) Comment vint la nuit. Paris : Gründ

[7] Les illustrations de l’album illustré par Joanna Troughton sont issues de la version anglaise, la version française étant épuisée. La mise en page et le format sont sensiblement les mêmes.

[8] MAHLER, A. (2013) Comment les couleurs vinrent aux oiseaux. Paris : Gründ. p.22 [9] En témoigne la bibliographie thématique sur le site de Ricochet : http://www.ricochetjeunes.org/themes/theme/453-indien [10] NIERES-CHEVREL, I. « L’adaptation » in : NIERES-CHEVREL, I. PERROT, J. (dir.) Dictionnaire du livre de jeunesse. Paris : Édition du cercle de la librairie. p. 7-11 [11] NIERES-CHEVREL Isabelle, op.cit,. p.11

[12] En français : LEVI-STRAUSS, C. (1964) Mythologie Tome 1 : Le cru et le cuit. Paris : Plon


(article adapté de recherches menées en 2014)

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